On sait qu’on est sortie de l’anorexie quand…

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Avant de faire mon bilan 2012, ce post là m’était important.

Pourquoi à chaque début d’année, le bilan de ce combat-là revient à la charge… Tout simplement parce que Noël, pour des personnes qui souffrent d’anorexie, c’est la période critique. L’angoisse des repas pantagruesques à ingurgiter au moins 4 jours en 1 semaine entre le 24/25 et le 31/1er, mais aussi la crainte de l’après, puisque évidemment, il y a la catastrophe conséquente de la prise de poids… Alors, qu’est ce qu’il se passe pour moi, maintenant… J’ai fêté mon 3ème Noël sans elle en moi… Chaque année consolide mon combat contre elle, mon retour à la vie, alimentairement et corporellement parlant. Tout se renforce et elle m’a rendue plus forte de ce côté là. Décimée, la vilaine. Aux oubliettes, la sal***. Au diable, ce monstre. Ouste. Alors oui, Noël, est la meilleure période de référence pour voir comment on évolue dans ce combat-là…

On sait donc qu’on est sortie de l’anorexie (à travers mes yeux évidemment, je parle toujours en mon nom seulement, dans tous mes écrits) quand… :

– on ne compte pas le nombre de calories que contient un biscuit de Noël, ni un chocolat. Qu’on avale sans avoir la gorge serrée d’avoir déjà envie de le recracher ou de culpabiliser de faire le geste de l’enfourner. Pour suivre le mouvement, pour ne pas provoquer d’esclandres dans la famille. Pour ne pas décevoir ceux qui prennent le temps de préparer les plats, alors on mange… et on le regrette aussi sec… Chose qui ne se produit plus, quand on la repousser loin de soi. Très loin…

– on se donne le droit de se faire plaisir et de partager avec les personnes qu’on aime, au lieu de tellement se concentrer sur ce qu’on avale, angoissée, au point d’oublier qu’on a nos proches à côté de nous. La notion de Carpe Diem est loin derrière nous, on a d’autres préoccupations à surveiller… Là, non.. on mange et on profite de chaque instant.

– la balance… c’est quoi cet engin là, déjà ? On ne court plus dans la salle de bain pour monter dessus, après un biscuit avalé (3 miettes et le 1/3 d’une noisette, çà peut faire grimper le chiffre qui angoisse tant). Par la même occasion, on n’agrippe plus la graisse des cuisses, des fesses et on fout la paix aux bourrelets sans les tripoter sans cesse (visibles que par soi bien sûr, ces morceaux de chair d’os en trop.. hum…).

– on se laisse vivre et bercer entre amour et ambiance de Noël, on partage, on mange, on rit, on aime. C’est la seule chose dont on a à se préoccuper.

– on ne cherche pas toutes les solutions possibles pour soit se vider (mes intestins ont gardé des traces importantes de mes prises de laxatifs à longueur de temps. L’abus a détruit ma flore intestinale et je ne dirai pas les conséquences…), ni courir dans tous les sens pour se dépenser et éliminer ces excès (pour rappel, un chocolat et un gâteau…).

– on reste en harmonie avec notre corps sans le haïr, en le regardant, horrifiée, sous tous les angles, dans le grand miroir de la salle de bain, à pleurer devant ce désastre (anorexique, on a une image très déformée de son corps, çà aussi, c’est régularisé quand on commence à aller mieux. C’est souvent d’ailleurs là, qu’on prend conscience du danger qu’on encourt, c’est mon cas en tout cas. Un jour, je me suis vue, telle que j’étais vraiment, avec mes 37kgs pour mon 1m65, un IMC de 13,5. J’ai eu peur, là aussi je me suis mise à pleurer, mais çà été un mal pour un bien de faire ce constat que je ne ressemblais pas à grand chose avec tous ces os qui dépassaient)

Voilà en gros. Je vis, aime, partage, maintenant, pendant les fêtes de Noël ou quand je mange avec des ami(e)s (il n’y a évidemment pas que Noël qui est lourd à gérer, mais aussi tous les moments où on est amenée à manger devant quelqu’un (« tu veux pas manger encore quelque chose… tu n’as pas assez mangé… tu ne manges rien… MERDE !! Et on s’isole pour ne plus rien entendre…) Avant, j’étais une calculatrice ambulante infernale, j’en oubliais que c’était période de fête agréable et de partage et pas une source d’angoisses permanentes même si je profitais de mes proches, elle était toujours en moi, en arrière-plan à me crever les tympans avec ses persécussions à la noix, ses ordres « mange pas çà, mange pas çi, bouge, vide toi, calcule, fait un peu joujou avec la balance (et puis, c’est qu’elle cause dans notre tête et bizarrement, on est seule à l’entendre cette petite voix si douce si merdique « oh hep hep hep ! t’as oublié de la mettre à cet endroit là de la pièce pour être sûre que le chiffre ne bouge pas, tu devrais recommencer pour être sûre de ce que tu as fabriqué avec ta copine Bleuette »). Oui je lui avais donné un nom… elle était couleur bleu clair et tant qu’à me rendre dingue, il fallait l’adoucir un peu en lui donnant un ptit nom doux… cinglée ptite Delph… droguée à la nourriture, à l’hyperactivité, au vidage-boyaux (bon app, au cas où) et à la fameuse Bleuette qui jouait avec mes nerfs à la trimbaler une 15zaine de fois partout dans la pièce où je l’installais, la machine démoniaque)… Près de la douche, elle affichait 37kgs. Près du lavabo, 37,1kgs… çà pouvait pas aller cette différence !!! Alors je retournais vers la douche, juste histoire de vérifier, quoi… et puis tentais d’autres coins pour avoir le maximum de chiffres justes…. elle m’a rendu dingo la Bleuette…

Je ne faisais pas exprès, et c’était des rituels qui m’étaient vitaux. J’avais besoin d’elle, c’était la seule chose que je pouvais encore contrôler dans ma vie, cette histoire de nourriture, de corps et cette obsession de devenir une mini souris… Mais un Noël sans elle, c’est si bon… Une liberté que je n’aurais jamais imaginer revivre un jour. Une renaissance, en quelque sorte et je la souhaite à toutes celles qui vivent avec cette foutue maladie.

J’ai passé un doux Noël, sans excès, parce qu’être à moitié malade d’avoir trop mangé, je ne trouve pas çà très festif et je n’y trouve aucun plaisir. J’ai une autre tactique, je profite un peu chaque jour dans la mesure de ce que supporte mon estomac, qui lui aussi, a pris des coups et met un long moment à faire passer toutes ces petites choses dans mes intestins, qui eux les expédient par contre, en mode colissimo ultra rapide-express :-s

Et voir mes parents, surtout mon père, touché de me voir manger et me dire « tu ne pouvais pas nous faire plus beau cadeau que de t’en sortir et de te voir remanger normalement et de tout », çà n’a pas de prix… ❤ J’ai tant souffert de tout çà.. Et eux avec… Là, pareil, tant de conséquences désastreuses… Que j’ai besoin d’oublier, pour ne pas me faire souffrir davantage. Maintenant, on ne vit que pour le meilleur. Anorexiquement parlant… Pour le reste, je cache beaucoup de choses encore… Je veux qu’ils voient leur fille aller à peu près bien… Qu’ils ne se rendent pas compte de toutes mes difficultés dans mon quotidien, mais qu’ils n’oublient pas mes facultés aussi. C’est un combat qui est très long, mais il vaut le coup.

Bisous les copinettes/copinets 🙂 A demain, pour le bilan 2012 et les projets / souhaits 2013

PS : je tourne en dérision exprès certaines choses, parce que c’était invivable et que même si je me sors de l’anorexie, je n’en oublie pas les 27 mois d’hospitalisation que j’ai fait à cause d’elle, ni ce travail sur moi avec toutes ces personnes qui faisaient partie d’une équipe pluridisciplinaire formidable. Mais quand on prend du recul avec « elle », on se rend compte de tout ce qu’elle nous fait faire, à nous rendre dingues et ces passages là, je préfère me moquer de moi-même, devant l’absurdité de la chose. Ce n’est pas pour autant que j’oublie et que je suis devenue incapable de comprendre comment on vit avec… au contraire… comme dit, j’oublie parfois que j’ai été anorexique, çà ne se ressent plus dans mon quotidien et le cerveau se protège aussi en bloquant certains souvenirs trop pénibles et ce n’est pas plus mal. J’ai toujours perçu cela comme une boite avec des petits tiroirs. On range ce dont on n’a plus besoin, une fois que çà va mieux, pour pouvoir passer à autre chose. Mais l’anorexie est une souffrance de chaque minute et ces 13 années qu’elle m’a volées, même si je tente de les récupérer à ma façon, j’ai la sensation d’avoir plongé dans un coma et de me réveiller. Tout est à reconstruire. Et le reste gravitera toujours autour, c’est un chantier dans lequel j’essaie de mettre de l’ordre. Ces troubles de la personnalité dont personne ne peut avoir conscience vraiment, parce que je sais bien les cacher finalement, parce que je n’en suis pas fière et que mon combat contre eux, ne finissent pas, me semble t’il.. Seuls moi, les plus proches de moi et les médecins savent. Et encore, on peut juste supposer, mais pas comprendre et comme dit, je suis une petite cachottière, je ne dis pas tout, c’est mon jardin secret quelque part….. 

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Lire autrement

Hello 🙂

Pour Noël, le meilleur ami m’a offert une liseuse, pour mon grand bonheur 🙂 Je l’adore et ne lui ai pas encore trouvé ni défauts, ni inconvénients. Il a mené son enquête auprès d’une amie qu’on a en commun, parce qu’il savait qu’elle utilisait le monde des Ebooks depuis un moment déjà, donc il lui a demandé conseil. Il a bien fait ! Dans mon entourage, du coup, on est 3 à avoir la même et elle fait l’unanimité. Sa marque ? MPMAN.

De mon côté, je ne pourrai pas faire de comparaisons, vue que c’est ma 1ère liseuse et que je ne connais pas forcément d’autres marques et de styles, du coup, je conseille vivement celle-çi, si vous cherchez à lire autrement, dans de bonnes conditions, parce que j’ai cru comprendre que certaines liseuses n’avaient pas la fonctionnalité « luminosité » par exemple. 

J’aime lire, mais j’étais ralentie depuis un moment, parce que je ne pouvais plus tenir un livre, sans avoir trop mal aux mains et surtout je lâchais le livre. Je choisissais toujours des formats poche (plus commodes à tenir, mais aussi pour le prix, petit budget oblige) et les grands, je les prenais à la bibliothèque, mais il fallait toujours un support, puisque les tenir, était laborieux. Du coup, la lecture se transformait en supplice et ce n’est pas le but. Là j’ai les mains libres, ou je la tiens vaguement avec une main. C’est le 1er point positif. Principal vu le contexte…

Sinon, quels autres points positifs, possède cette liseuse qui me plait tant…

–  légère et facile à tenir ou à poser n’importe où. Simple à emporter.. A Noël, pour remonter chez mes parents, je n’avais pas 3 romans à embarquer. Elle a une housse pour la protéger et était rangée dans mon petit sac à main.

– on peut changer les couleurs de fond, d’écriture, la luminosité (très important, si comme moi, vous avez des maux de tête devant tout écran), la taille de la police,

– je trouve qu’on lit plus vite qu’un livre papier. Non pas que j’aie un train à prendre, hein lol, mais voir trop de pages, même quand c’est un livre qui me passionne, je m’affole, parce qu’en fait, j’ai envie de lire tellement de livres, mais comme je suis au ralenti, ben, au bout d’un moment, je trouve le temps long et il me tarde de passer au suivant (suis un peu tordue, je ne sais pas si c’est bien compréhensible, ce que je raconte :-s ) Mais bon, là, on clique sur la page suivante et donc, je ne me rends pas compte des pages qui me restent à lire et j’enchaîne les livres un peu plus vite (bon je n’ai pas encore trouvé de moyens pour mieux mémoriser ce que je lis, elle ne fait pas ce miracle là, mais je galère moins et surtout j’ai moins mal, du coup, je n’ai pas à me préoccuper dans quelle position je vais me mettre pour éviter les douleurs et les dégringolages de livres. Du coup, c’est bête, mais mon esprit est moins pris par ce souci et je suis plus sereine pour lire et donc mémoriser)

Le livre qu’on est en train de lire se situe toujours au-dessus où j’ai mon index et à chaque fois qu’on a fini de lire, on peut ajouter un signet pour se rappeler de la page
Menu qui permet avant de commencer le temps de veille, les couleurs etc…
Avec ce petit bouton, on peut choisir la taille des caractères. Rikikis, petits, moyens, immenses.. 🙂
Pour tourner la page, il suffit d’appuyer sur les flèches. Un doigt suffit, si c’est pas beau çà ! 🙂

Ma jolie liseuse ne remplacera pas les livres papier complètement. Je sais que j’aurai besoin souvent de lire un vrai livre en pages et en encre (j’allais dire en chair et en os hihi). J’aime le contact avec le livre, je choisis souvent un livre, juste parce que la couverture et le titre me plaisent et ensuite seulement, je lis le synopsis. Du coup, avant de commencer un Ebook, je vais le voir sur Amazon ou sur la Fnac pour voir de quoi il a l’air.

Dans mon cadeau de Noël du meilleur ami, notre amie commune avait laissé quelque chose…..

Sa bibliothèque virtuelle perso… soit 3000 Ebooks de toutes sortes, disposés sur cette petite clé USB 🙂
Alors ? Convaincu(e)s par une liseuse ou vous préférez rester aux livres « papier » ou comme moi, vous pourriez apprécier d’alterner les 2 selon vos envies et besoins (et mes facilités, pour ma part..)

Etre borderline, c’est….

Je ne vais sortir ni dico, ni wikipédia, ni aucun autre site de Google, je vais en parler de la façon dont moi je vis avec, parce que les théories, c’est bien beau, mais en pratique, comment on vit exactement avec… Et puis surtout, chaque personne est différente. Je peux le vivre d’une façon, alors qu’une autre le vivra différemment. Je le vis très mal, çà c’est certain…

C’est un trouble de la personnalité. Borderline ou état-limite, c’est kiffe kiffe bourricot. C’est la frontière entre la névrose (tout ce qui angoisses, phobies) et la psychose (tout ce qui relève davantage de l’irréalité). Cà se rapproche beaucoup de la bipolarité (depuis quelques temps, j’ai le bonheur de connaître des phases de celle-çi et de savoir qu’il existe plusieurs sortes de bipolarité et c’est encore moins rose. J’oscille entre un état mixte et un état dépressif, de mon côté. Mon humeur va être quasi normale tout en restant fragile et d’un coup, sans savoir pourquoi je vais plonger dans un état que connaissent tous les dépressifs. Etat que j’ai moi-même connu évidemment, à temps plein, plusieurs fois, pendant plusieurs mois. Sauf que maintenant, à 13h, je peux rire comme une folle, parler comme si de rien n’était (c’est mon état « normal » pour moi on va dire. Mixte.), à 13h30, je vais pleurer toutes les larmes de mon corps, me torturer l’esprit avec des questions, des peurs infondées sauf que moi, je les crois fondées…. du coup, il y a un duel permanent dans ma tête. A 14h, je peux me remettre à parler vie, à voir de belles choses… bref… je ne suis plus et on n’arrive plus à me suivre. C’est très dur de gérer ce changement d’humeur, parce qu’on ne sait jamais où çà peut mener et puis moi de ne pas savoir ce qui me rend si triste d’un coup, ben, je n’y comprends rien. Et les cycles se répètent inlassablement… Certains jours, les phases sont plus amples ou j’ai juste des périodes « à peu près bien » ou alors j’ai juste des périodes « très noires, suicidaires » et là, il faut monter toute l’artillerie, pour me sécuriser…

Ensuite, je suis dans un état d’angoisse quasi permanent pour tout. La moindre petite chose peut me faire paniquer selon comme je suis. Des crises de panique où j’ai la sensation que je peux mourir à tout moment. Du coup, je vis souvent dans un sentiment d’insécurité, des situations banales où pour moi, je vais me sentir en danger. J’ai vraiment besoin de prendre sur moi pour effectuer des trucs vraiment anodins, ridicules. Beaucoup de travail d’autopersuasion comme je le fais avec ma phobie de vomir. A m’autorassurer du mieux que je peux. Le valium est mon pote en toutes circonstances.

La peur de l’abandon, du rejet qu’on a sûrement tous, je pense, est décuplé chez moi et me mets dans des états pas possibles, à devoir être rassurée constamment sur l’amitié qu’on me porte, sur l’amour qu’on me donne, sur celle que je suis, parce que je ne le sais pas finalement dans ces périodes où je vois tout en mode « bizarre et irréel ». On va me dire « je t’aime Delph », je vais l’entendre, l’assimiler et 2 secondes après, je vais me dire « oui, mais… pourquoi la personne a dit çà ou fait çà alors ?, si elle m’aimait vraiment, elle aurait fait çà, donc je peux douter de ce qu’on vient de me dire »… et inlassablement, çà tourne en boucle. J’ai une mémoire de merde depuis que je suis fibro, par contre, je suis capable de ressortir chaque mot d’une conversation et de tout décortiquer et évidemment, j’y trouverai du négatif.

Le trouble borderline aime le négatif. Je n’ai jamais été quelqu’un de très positif et optimiste, mais là, c’est le pompom. La cerise (y a tout le cerisier d’ailleurs tiens !) sur le gâteau.

Il y a la destruction. J’ai commencé par être borderline et l’anorexie est venu s’installer dessus. Beaucoup d’addictions se mettent par dessus le trouble. Chez moi, çà été l’anorexie/boulimie et la tendance aux surdoses de médicaments comme une drogue, d’autres, ce sera l’alcool, la drogue, le sexe (on pourrait croire que c’est sympa cette addiction là, mais ce n’est pas le cas hein, parce que tout ce qui passe y passe, dans un but destructeur du corps), le jeu ou autres, que sais-je encore. Des addictions à hauts risques, on n’y va pas avec le dos de la cuillère (grosse la cuillère hein, pas une petite….)

L’automutilation. Chez moi, les coups violents sur moi, dont j’ai déjà fait allusion. Les coupures sur les poignets.

Le danger dans tout çà, c’est le passage à l’acte. Que les idées noire et suicidaires passent le cap et qu’on n’arrive plus à gérer. D’où la surveillance un peu étroite du moment, parce que je sais que je peux basculer à tout moment dans la partie la plus obscure que j’ai en moi, c’est à dire la mort…

Pourquoi on devient borderline… c’est un mystère je pense pour la majorité même si chez moi, c’est un peu décelé, à force de parler avec la psy et la thérapie a permis de faire ressortir des traits précis et à comprendre pourquoi certaines choses s’étaient créées. Il aurait commencé à la pré-adolescence, du coup, j’ai construit mon adolescence sur des choses qui n’étaient pas fondées et j’ai continué avec ma vie de jeune fille, sombré dans l’anorexie pour pouvoir mieux gérer tout ce bordel (c’est ironique…) et ma vie de jeune femme.

Dans ma tête, j’ai les idées d’une jeune femme de 35 ans, la maturité, mais quand le trouble se renforce, je redeviens un enfant. A « faire la tête » parce que quelque chose m’a énervée alors que çà ne m’aurait pas touchée du tout si je n’avais pas été dans une de ces phases là. A crier sur tout ce qui bouge, à taper dans les murs, à vouloir me fracasser la tête contre les murs dans le sens propre du terme d’où les urgences et les entorses aux poignets régulièrement

On ne contrôle pas grand chose de ce trouble finalement. On subit, on vit avec, on apprend à gérer. Je passe parfois des journées et des nuits, à me dire « non, tu sais que c’est faux ce que tu penses, tu sais que c’est lui qui te fait voir les choses de cette façon erronée, tu le sais bordel de merde ! hein tu le sais !! » Et c’est très dur pour les personnes proches, parce que le moindre mot peut vite être mal pris et çà peut partir dans tous les sens. Je vais interpréter tout mal.

Le neuroleptique est destiné à réguler la barrière névrose/psychose, d’où son autre nom. Antipsychotique. Le mien est d’une nouvelle génération (les effets indésirables sont moins pénibles qu’avec d’autres qui sont infernaux. On ne tient pas en place à cause d’impatience dans les jambes, on nous donne souvent un antiparkinsonien pour essayer d’éviter çà, mais pff… la sensation d’avoir besoin de dormir, mais en fait c’est un sommeil très agité et on n’arrive pas à dormir) et surtout il est fait pour me donner un coup de fouet en gros. Mais c’est difficile de trouver le compromis. Sédater ou dynamiser le patient… parfois, il faut les 2… ce qui est un peu mon cas.

J’en ai un autre, aussi, dans les moments où on peut craindre le pire. Le fameux Tercian tant redouté. 5 gouttes et je plonge dans un sommeil artificiel pour que je ne souffre plus. Mais dans le quotidien, on ne peut pas vivre avec çà.

On dit souvent que les personnes borderline ont du mal à créer des relations avec les autres et surtout à les conserver. Je me suis toujours donné les moyens pour me mettre dans un groupe même si c’est très dur pour moi, à un point qu’on ne peut pas imaginer, parce que malgré ma timidité, je pense qu’on peut me trouver sociable, alors que c’est un effort constant pour moi d’aller vers les autres et justement de maintenir les liens. Si les personnes qui m’entourent vraiment, celle qui font partie de mon quotidien, qui tiennent à moi même si je les rends dingues, ne tenaient justement pas à moi, de mon côté, je laisserais tout filer et me retrouverais seule, parce que c’est difficile de gérer. Et c’est que je tiens également à elles, parce que je peux vite virer les gens de ma vie si on touche à un point sensible de mon trouble….

Moments de dépersonnalisation où je ne vais plus être capable de faire le lien entre le moi intérieur et le moi extérieur. En gros, je vois une étrangère dans le miroir. Ce n’est pas mon reflet. Moments de décompensation, où tous les symptômes vont revenir en vrac et encore plus forts que d’habitude. C’est souvent quand j’ai eu une période un peu d’accalmie et que d’un coup, le monstre revient en vitesse. Avec toujours plus de puissance. Ce sentiment de vide intérieur que je ressens aussi, comme si le coeur ne ressentait plus aucune émotion, comme si j’étais une machine froide et vidée de tout sentiment.

Hypersensibilité, hyperémotivité, dévalorisation.

Beaucoup n’ont personne, de mon côté, j’ai cette chance là que je gâche bien souvent, parce que je me mets dans des états pas possibles et que c’est dur de me voir balafrée, entaillée, dans un autre monde, dans ma bulle, avec des pensées irréelles que je sors de façon inadaptée finalement. C’est lourd pour tout le monde. Je fais attention, mais pareil, parfois, çà me demande une énergie pas possible. Même en étant occupée, c’est présent en moi. Combien de fois j’ai quitté la salle de formation pour aller aux toilettes parce que je ne gérais pas le bruit, ou l’angoisse, ou la violence que je sentais monter en moi sans forcément de raison et qu’il fallait que j’évite de faire sortir à tout prix (la fibro m’aide bien… « grâce » à  elle, je ne peux plus assouvir mon besoin des coups, pour soulager l’esprit)

On ne le voit pas de l’extérieur çà, pour la plupart du monde je suis quelqu’un de réservée et timide, traits de caractère, mais c’est aussi parce que je suis très méfiante et les relations dans lesquelles je me mets, elles mettent du temps à prendre leur place, pour ne pas souffrir. Je m’assure que je ne vais pas être abandonnée (même si on ne peut pas tout prévoir…), qu’on tient vraiment à moi, sans que moi je m’attache trop et qu’ensuite je souffre après, donc j’ai toujours des barrières qui m’empêchent d’aller vers les gens. Une protection. Mais on a tous besoin des uns et des autres, alors cette protection, j’essaie de la lever et de passer outre le trouble.

10% des personnes borderline arrivent à leurs fins… 70 % feront des tentatives des suicides..

Pourquoi… parce que c’est très douloureux à vivre peut-être hein ?……

  • « Les personnes passent leur temps à contrôler plus ou moins des émotions qu’elles ne contrôlent pas vraiment ou ne comprennent pas toujours ».
  • « Leur capacité à cacher leur maladie fait que bien souvent l’entourage ne voit rien, alors que leur vie est une souffrance et un véritable enfer dissimulé »

La fibromyalgie est aussi violente en moi, aussi à cause de çà. Ma zone émotions ne sait pas gérer ce qui se passe en moi (on me demande parfois ce que je ressens… ben je n’en sais rien, parce qu’incapable de dire si je suis triste, en colère, déçue, frustrée… c’est un méli-mélo sans nom qui en ressort). Elle est hyperactive dans mon cerveau cette zone là et elle « frotte » contre la zone douleurs qui est juste à côté, d’où l’intensité de la fibromyalgie me concernant. En plus de l’aspect physique, responsable des douleurs. 

J’y arriverai… ou pas… parfois, je ne me sens pas de vivre constamment comme çà. Avec les 2 à gérer. Je me dis toujours qu’il y a tellement pire, je pense que j’ai toujours avancé de cette façon, à toujours voir les autres maladies plus graves. Cà m’aide à relativiser, mais au final, je me rends compte que c’est tout aussi mortel…. et puis surtout, malgré mes sourires, mes rires, mon humeur agréable, je souffre en permanence mentalement et physiquement… Malgré mes sourires, mes rires, mon humeur qu’on reconnait agréable, apaisante et douce, au fond……

Demain, je reviens avec un article plus gai, promis… c’est dur, ce soir, à gérer et ce combat que je mène au quotidien pour me bagarrer contre ce trouble, s’il peut servir à quelqu’un, j’aime autant partager. 

Syndrome du frigo vide

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On connait tous cette triste pathologie de nos frigos (dites moi oui, pour que je me sente moins seule même si c’est faux, je m’en fous, un mensonge est vite oublié). En quoi consiste ce syndrome… ben le frigo qui sonne le creux, le vide, le néant. Quand on l’ouvre, il y a l’appel du froid qui se fait et on se croirait dans une tempête de neige. « Ffff… Fffffff… » Bon suis pas douée pour les fonds sonores, ok, je fais du mieux que je peux, mais là, hein… bon, bref… c’était le vent qui s’engouffrait dans mon frigo, voilà, vous avez compris non ? Si je ne chantais pas faux, j’aurais fait mes vocalises dedans, tiens, je me serais crue à l’intérieur de Notre Dame de la Garde, tellement l’écho et la résonnance auraient été forts. Comme je chante faux avec ma voix minuscule et cassée, l’écho serait revenu contre moi et m’aurait esquinté les tympans et fourré un mal de tête du tonnerre, alors je suis restée silencieuse durant tous les soins du frigo. Même Happy n’avait pas le droit de miauler trop près (oui elle ronronne et miauxle faux. Bon, là, elle m’a vu l’écrire et me tourne le dos, je me suis fait une ennemie)

Houhouuuuhouuuuuuuuuuuuuuuuu houuuu…… C’EST MMOIIIiiiiiaaaaaaaaaaa…………….. C’est çà le syndrome du frigo vide… le vide sidéral… Mais ce qui est bien dans ces moments là, c’est qu’il est vachement pratique à nettoyer. Rien à enlever, puis nettoyer, puis remettre. Là, je n’enlève rien, je lave juste et remets avec de nouvelles courses. Ben oui, faut être positive, je le suis, là, non ?? Toujours voir le positif dans le négatif… On crève de faim (bon, on va pas exagérer non plus hein, c’est pour les besoins de l’autodérision), pas grave, on peut vachement bien laver le frigo et les placards vides tellement la place est dispo, alors c’est chouette ! 

Il était vide, depuis bien 2 jours. 2 pommes de terre et une boite de thon se battaient en duel et les placards commençaient à faire grise mine aussi. Les courses, c’est l’enfer. Quand je pars les faire, on dirait que je suis parée pour l’ascension de l’Everest. 3 jours de préparation physique et mentale, pour savoir comment je vais porter, ce que je vais porter, privilégier. J’ai droit à une aide de la mdph il parait (sauf que moi et la dépendance, on n’est pas copines alors je suis sado maso un peu sur les bords et je « préfère » souffrir, l’air de dire « yesss, suis toute déglinguée, mais c’est moi qui l’ai fait yeahhh »… Le meilleur ami m’engueule régulièrement « combien de fois, je t’ai dit de me demander !!! c’est la dernière fois que je le répète hein !! » oui chef… mais je préfère qu’il passe me faire de grands câlins, plutôt que de perdre du temps à me faire les courses et ce n’est pas son boulot, comme ce n’est pas celui d’autres amies qui me le proposent. J’ai accepté 2-3 fois, mais c’est dur… J’ai dû m’appeler Bourriquet ou Cadichon, dans une autre vie. Je suis censée être prioritaire aux caisses aussi, sauf que c’est moi qui laisse passer les gens, quand ils ont un article. Internet, ce serait la solution pour les courses à domicile, mais les magasins où je vais pour faire souffrir un minimum mon portefeuille ne font pas de livraisons, manque de pot.

Bon, depuis, je l’ai soigné, nettoyé donc (je le lave aussi quand il y a des trucs dedans hein, mais bon, c’est plus pénible), il respire, souffle, ronronne de plaisir, j’ai un frigo aux anges. Et moi, çà me fait du bien de le voir rempli, de pouvoir choisir ce que je veux dedans, comme dans les placards, sans me dire, « purée zut crotte, j’ai plus ooouiiiiinnnnnnnn »

Je vous laisse, il y a des Maxi Kinder qui m’attendent, dans mon frigo tout beau, tout propre et surtout rempli pour un moment de nouveau, alléluia, l’honneur est sauf, mon corps, lui… humhum.. fait beau aujourd’hui hein ? 

Signé Cadichon/Bourriquet ou l’art de changer de conversation et de foutre le camp tant qu’il est temps :-p

C’est dur physiquement, mais ce qui me « console » et que je n’oublie jamais, c’est que vivre avec l’invalidité n’est pas la gloire, que je finis les mois en tirant sur toutes les cordes et en choisissant les magasins, en faisant bien attention, mais au moins, j’arrive à le remplir mon frigo et à rentrer porter mes courses au chaud… J’ai toujours d’immenses pensées pour ceux qui n’ont plus rien du tout (relatif à mon post précédent aussi) et un pincement au coeur devant de telles détresses 😦

Alors, oui, il faut toujours voir le positif même dans le négatif, et là, ce n’est plus de la rigolade ou de l’autodérision, par contre…

On peut me juger… oui… mais chacun sa vie…

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Je ne sais pas quoi dire… J’ai besoin et envie de parler et en même temps, je rentre dans un drôle de mutisme…

Je me sens seule… Je ne le suis pourtant pas, mais j’ai un vide en moi, tant de choses me manquent, que je n’exprimerai jamais pour rien au monde, par peur qu’on le fasse par pitié sans doute… mais à force de ne pas pouvoir voir les gens, on finit par oublier qu’on n’est pas seule… 

J’ai envie de voir du monde et en même temps, c’est dur d’en faire l’effort… Paradoxale comme d’habitude..

Je suis plus souvent allongée que debout. Je ne dors plus la nuit et la journée est entrecoupée par le besoin de dormir, mais les douleurs qui m’en empêchent… La nuit est jalonnée d’angoisses que je continue à matérialiser, à travers d’hallucinations et de choses que je perçois qui n’existent pas.

L’envie de me battre disparaît de celle que je suis… Pour qui, pour quoi… à quoi bon… L’enveloppe qui me constitue ne possède plus rien. Tout est effort physique et moral. Tout est lourd et pesant. 

Je vais mal et j’ai de plus en plus conscience que je ne demanderai jamais d’aide, tout simplement, parce que je ne cherche plus à être tirée de là. Fatiguée de me battre. Fatiguée de lutter contre mes démons. Fatiguée tout court.

Demain, je commence la 1ère partie du protocole de soins à la Timone et j’angoisse. J’ai enlevé ma confiance à l’unité anti-douleurs, peu de temps après que le neurologue m’ait diagnostiquée. De me retrouver face aux mêmes personnes pour y faire les mêmes choses, en ne sachant pas si je peux leur faire confiance, me rends mal et me donne l’impression de ne pas avoir avancée, en plus.

Quelques jours après avoir mis les pieds dans le service, pour la dernière fois, pour le même style de protocole, j’ai fait une tentative de suicide. Cà fait 3 ans cette semaine que mon coeur a cessé de battre un court instant, le temps de me donner un aperçu de là-haut. On ne sait pas trop ce qu’il se passe dans ce genre de moment. Quand on est encore dans la vie, mais que la mort fait un ptit signe de la main, on perçoit et voit des choses étranges… Parfois, la sensation d’être dans du coton me manque…. :-(…. Est-ce que je dois m’en vouloir de dire çà ? Certains se battent pour vivre contre des choses qu’ils n’ont pas souhaité et moi, je suis là, à vouloir m’échapper.. J’ai le droit d’être jugée, çà ne changera absolument rien à ce que je supporte depuis tant d’années, la liberté et la sérénité me manquent… 

3 ans après, je patauge toujours autant, souffre peut-être encore un peu plus, mes poignets sont ouverts encore en ce moment et la résistance à ne pas succomber aux coups, est la même. 

Je me sens inutile auprès de tous, amie merdique qui perd le peu de valeurs qu’elle semblait avoir acquises pourtant. Ce n’est pas moi, cette chose que je vois… Une phase qui ne finit plus et qui a raison de moi et qui m’aura à l’usure…

Je coupe là, c’est de nouveau sombre et çà non plus je ne le supporte plus :-((( Demain sera un magnifique anniversaire-souvenir, avec un retour aux sources… vivement demain après-midi….

Prenez soin de vous….

Concilier féminité et maladie

Quelque soit la maladie, on peut vite avoir l’impression de ne plus être une femme, mais juste une chose à laquelle on administre des médicaments, qu’on pique, qui est branchée à toutes sortes de perfusions, qui subit les conséquences physiques des traitements lourds.

Dans ce 1er article sur le sujet, je vais en parler me concernant déjà. Le 2ème article sera davantage tourné vers les personnes atteintes d’un cancer et l’importance de l’esthétisme dans ce cadre là.

Trompe-couillon de sortie… mais est-ce qu’on voit la maladie ? (c’est une période où j’étais en crise, j’allais être hospitalisée peu de temps après, dans l’unité anti-douleurs pour y suivre la cure de kétamine que je suis censée faire tous les 6 mois, donc ce n’était pas la forme… mais c’était séance photothérapie pour me retrouver en tant que personne, sous la douleur constante et le moral qui partait en vrille…

Anorexique, j’avais tendance à délaisser mon corps, à ne pas en prendre soin (quand on considère que quelque chose n’existe pas, c’est un peu logique, ce manque d’engouement pour lui… et puis il faut être honnête je m’en foutais…). Je me douchais et c’était largement suffisant. Toucher mon corps, retrouver des sensations etc… sont des éléments qui faisaient partie de la thérapie, dans la clinique où j’étais. Le but étant de me réapproprier mon corps justement. Je n’en dirai pas beaucoup sur le sujet, parce que c’est quelque chose dont je parle dans « Un corps dans la tourmente ». Les 1ers temps ont été difficiles, mais au fil du temps que je faisais ce travail sur moi-même, çà allait aussi mieux de ce côté là. J’ai recommencé à sentir les odeurs des crèmes, des laits corporels, à avoir envie de toucher à ne serait-ce qu’un mascara. Prendre soin de moi, hydrater mon corps, c’était faire un 1er pas vers lui. J’ai fini par l’intégrer sur mon nouveau disque dur.

Après, il y a des passages de ma vie aussi qui m’ont fait comprendre que dans la maladie, se faire du bien, était important et apportait un mieux-être, à défaut de pouvoir guérir malheureusement. Ma grand-mère a été hospitalisée en urgence, on a pris ses affaires de toilettes de base, on va dire. A la visite suivante, avant de partir, j’ai vu son petit pot de crème posé près du lavabo, je l’ai pris avec moi,  avec une intention bien particulière. Dans la famille, on n’est pas vraiment tactiles et assez pudiques. Je n’avais jamais touché ma grand-mère finalement. Arrivée dans sa chambre, elle était groggy parce qu’on lui avait donné des médicaments et comme elle ne mangeait plus rien, les médecins venaient de lui poser une sonde naso-gastrique. Elle a ouvert les yeux, en me disant d’une toute petite voix, en me voyant m’approcher près de son visage « qu’est ce que tu fais ?? ». Je lui ai expliqué que j’allais lui mettre un peu de crème, pour qu’elle se sente un peu comme chez elle déjà et qu’elle retrouve cette odeur qui j’espérais la rassurerait au milieu de ces murs blancs. J’ai commencé à appliquer la crème en profitant pour lui faire un ptit massage, elle a fermé les yeux, j’ai supposé qu’elle se sentait bien du coup et qu’elle se détendait. Quand j’ai enlevé mes mains, elle a réouvert ses yeux et m’a dit avec son ptit sourire tout faible « çà fait du bien…. »

A travers ce geste simple, au milieu de son spaghetti qui lui couvrait le visage, elle avait ressenti un petit instant de mieux-être. Geste que j’ai recommencé du coup, chaque jour quand on allait la voir. Quand elle est rentrée à la maison, on avait dû lui faire couper ses beaux cheveux noirs, tout court, pour pouvoir mieux les laver. Je m’amusais à lui faire des ptites couettes, elle se laissait faire, chose qu’elle n’aurait jamais faite, avant, en temps normal. On aurait dit que ce mieux-être d’un moment, elle en avait besoin. Alors je lui ai donné, çà me faisait chaud au coeur de la voir sourire, voire rire, quand on piquait un fou rire, parce que mes couettes étaient ratées 🙂 Je n’ai jamais été aussi proche d’elle qu’à ce moment là… Elle est morte 2 mois après, çà fait 20 ans que je l’ai perdue, mais ces gestes là, comme beaucoup d’autres souvenirs évidemment, m’ont marquée et j’ai pris conscience une 1ère fois qu’on avait beau être malade sur le point de mourir comme c’était son cas, les soins aussi minimes qu’ils étaient lui apportaient quelque chose qui soulageait un peu son quotidien qui était devenu bien épuisant pour elle.

La 2nde fois où j’ai pris conscience de l’importance de prendre soin de soi, c’était avec une de mes voisines de chambre, à la clinique où justement on m’avait quelques mois auparavant, réappris à faire ces gestes pour me réapproprier mon corps. M.P avait une 10zaine d’années de plus que moi, 36 ans. Elle était belle comme un coeur, mais la dépression faisait qu’elle ne s’occupait plus d’elle et qu’elle ne se douchait même plus. Elle me regardait comme admirative et un jour elle m’a dit « comment tu fais, tu vas mal, tu tiens à peine debout et pourtant, tu trouves toujours le courage de te doucher, de te mettre de la crème et tu sens toujours tellement bon ». Je lui ai expliqué déjà qu’au fil du temps, j’avais pris conscience que faire çà m’aidait à percevoir mon corps d’une autre façon et que bizarrement, çà me rendait mieux, je me sentais moins « déchet » (désolée pour le mot…) et que même si çà me coûtait parfois de le faire, je préférais le faire pour garder un peu de dignité et ne pas avoir honte de mon apparence dans le miroir. Cà ne me guérissait pas, je ne mangeais toujours rien, me percevais énorme malgré mes 37kgs et la dépression qui me rongeait ne me donnait pas toujours la force de le faire, mais je savais que si je ne le faisais pas, c’était encore pire. Je l’avais remarqué malgré tout. En plus, je ne connaissais personne à Marseille et la clinique ne lavait pas le linge, donc je lavais tout à la main. Jeans, pulls, tout passait dans la douche où j’essorais tout. C’était dur au fil des mois de faire çà, mais au moins, j’étais dans des vêtements propres tout le temps.

Je lui ai dit « essaie d’aller au moins prendre une douche et de changer tes vêtements », tu vas voir comme çà fait du bien de sentir l’eau chaude sur ton corps, çà va te détendre. J’ai été contente de la voir se lever pour se diriger vers la salle de bain et entendre enfin l’eau couler. Quand elle est ressortie, son visage était détendu, elle m’a regardée avec un doux sourire en me disant « tu as raison, çà fait du bien ». Pareil que pour ma grand-mère, je n’ai jamais oublié son regard et son sourire.

J’ai toujours continué sur ce chemin. A 37kgs. En dépression très grave. Je ne voulais pas que la maladie m’enlève ce qui pouvait rester de féminité en moi et c’était un moyen de la récupérer. Quand j’ai recommencé à me maquiller un minimum, à vouloir ressembler à quelque chose, j’étais toujours au fond du trou, mais quelque part, cela me faisait du bien au moral de prendre soin de moi, d’avoir des odeurs agréables sur moi, de me sentir belle, parce qu’un peu de mascara était passé par là. J’avais moins peur du regard des autres et mon regard à moi a aussi changé sur moi-même, en positif.

Maintenant avec la fibromyalgie, beaucoup de gestes sont compliqués à faire. Parfois, me laver les cheveux me demandent un effort qui entraîne de fortes douleurs, à force de tenir le pommeau de douche et d’avoir le bras levé. Pareil pour les sécher, c’est un enfer. Me maquiller, je ne le fais pas toujours, parce que mon bras ne tient pas forcément la route, alors je fais le strict minimum. Par contre, pas un jour ne passe sans que mon visage ait de la crème sur lui, mon corps pareil.

Pourquoi c’est important… Parce qu’avant d’être malade, il y a une jeune femme qui est derrière et c’est ce que je suis en 1er. J’aime me sentir jolie. Cà ne supprime aucune douleur, mais je me dis que je peux être jolie malgré tout. Je me déplace souvent avec une béquille, quand j’ai un trajet un peu long à faire (et que mon bras supporte de la porter… mais çà c’est autre chose…). Quand on sort avec le meilleur ami, on voit souvent les mêmes personnes, qui savent que je ne vais pas super bien, mais à qui je n’ai jamais dit ce que j’avais, parce que je ne veux pas d’étiquette. Je suis maquillée, souvent une jupe m’accompagne avec mes ptites bottes que j’aime tant et je me sens bien dans mon corps, même si put*** qu’est ce qu’il me fait mal d’avoir dû faire certains mouvements….. mais le fait que S. me dise déjà « ohh tu t’es faite toute belle ma ptite Delph » et le fait qu’on s’attarde davantage à ma tenue plutôt qu’à ma façon de déambuler et à la béquille, çà joue sur ma façon de me percevoir, la jeune femme que je suis est là en entier malgré la maladie et l’image que je renvoie est aussi plus positive et m’aide à mieux accepter mon problème.

L’an dernier, j’ai eu une poussée d’un semblant de polyarthrite rhumatoïde, mes analyses étaient mauvaises de ce côté là et le rhumatologue m’avait donné un traitement lourd. Toutes les semaines, je me faisais une injection de ce produit, dont la molécule est celle qui est utilisée pour les chimio, la dose était plus faible évidemment. Par contre, j’avais les mêmes symptômes réduits (vomissements, nausées, vertiges, épuisement, anémiée parce que çà jouait sur mes globules rouges qui diminuaient à vue d’oeil). Toutes les 2 semaines, je faisais une prise de sang pour voir si mon foie et mes reins supportaient le traitement. Il était efficace, l’inflammation généralisée dans chacune de mes articulations avait disparue en majorité et j’avais moins mal, mais mon foie a crié stop et tout a été arrêté aussi sec avant que je fasse une hépatite. Et parmi les conséquences, il y avait la perte de cheveux. Je pleurais de voir des espaces occuper ma tête et de me retrouver avec des touffes de cheveux dans les mains, dès que je les lavais ou les brossais (je leur ai aussi perdu durant l’anorexie, mais je le prenais moins à coeur pour les raisons évoquées au début, m’en foutait…) et depuis je n’ai pas arrêté de penser aux femmes qui ont un cancer. D’où l’article qui suivra soit demain, soit après-demain.

Je me sens une jeune femme comme les autres et çà n’a pas de prix. Garder sa féminité, c’est une façon de dire à la maladie quelqu’elle soit, physique, psychique, ou les 2. Grave, moins grave, on s’en fout, le résultat sur nous est pareil au final. « Tu me prends beaucoup de choses dans ma vie, tu m’as volé ma liberté, tu me fais chi** de me rendre malade à cause de tous les médicaments que je prends à cause de toi, tu m’épuises à tous niveaux, j’ai l’impression de ne plus être moi…. mais tu n’auras pas ma féminité »

En résumé, donc, les soins et les gestes de beauté ont leur place à part entière dans toute maladie, parce qu’ils contribuent à un mieux-être, à garder un peu le moral de continuer à se sentir jolie malgré la sale tronche qu’on a souvent… çà ne guérit pas, mais c’est partie intégrante au combat qu’on mène, encore une fois, quelqu’il soit. 

RESTER FEMME….

Projet onco-esthétique / Chaîne de solidarité

Coucou,

Je reviens enfin avec ma propre participation à ce projet qui me tient tant à coeur pour différentes raisons. Le but étant de parler onco-esthétique, de faire des soins, un maquillage et montrer qu’avec des foulards et des accessoires, on peut donner au moins un peu le moral et un mieux-être aux personnes qui sont atteintes d’un cancer. Dans beaucoup de services d’oncologie, des esthéticiennes ou des infirmières prodiguent des soins de beauté, maquillent, chouchoutent les patientes qui sont en traitement. Le but étant de conserver une image positive de soi, malgré les conséquences désastreuses des chimio et rayons et prendre soin de soi (ou accepter les soins onco-esthétiques si on est trop fatiguées pour les réaliser nous-mêmes) prouvent que les patientes ont un meilleur moral et comme ce dernier est important pour tout combat, il a été démontré que les personnes qui avaient un bon moral étaient plus fortes pour se battre contre ce sale crabe.

Donc la 1ère idée de tout ce qui est onco-esthétique, est d’apporter un peu de douceur, de mieux-être aux patientes. J’avais expliqué dans ma vidéo que de mon côté, avec mes propres soucis, je me suis rendue compte que je me sentais un peu mieux, quand j’arrivais à me laver les cheveux. Et pas un jour ne passe sans que je me mette du lait corporel, de la crème sur le visage, me parfumer et si je me sens, de me maquiller. Je reste femme quoiqu’il arrive et çà n’a pas de prix. Cela ne guérit pas, ne soulage pas, malheureusement, mais c’est quelque chose d’important pour conserver cette dignité qu’on a la sensation de perdre, en se voyant diminuée, malade. Et çà joue sur ce fameux moral dont on nous empresse toujours de garder…

Garder sa féminité, sa dignité malgré la maladie, c’est important, et de plus en plus de services en France l’ont compris et ils mettent de plus en plus en place ce genre d’activités. Pendant les soins d’onco-esthétique, c’est aussi un moyen d’oublier pendant un moment ce qui se vit le reste du temps entre les murs des hôpitaux. Se détendre et se laisser aller. Oublier un temps que le lendemain il y a de nouveau une séance de chimio qui arrivera. Mettre de côté un temps l’angoisse de la maladie et de son avenir. Apaiser, adoucir, chouchouter, pomponner, libérer, masser, accompagner d’une autre façon, voilà les buts de ses soins. En général, les patientes ont ces soins durant leur traitement, mais elles sont encore suivies par la suite pour leur permettre de retrouver une image d’elles-mêmes, altérées, oubliées, cassées… Retrouver leur féminité et si on peut le faire pendant les soins, c’est encore mieux, parce que cela intervient sur le moral comme dit, ce qui n’est pas négligeable, en sachant à quel point il a son importance.

Les soins beauté, maquillage ne guérissent pas malheureusement, en me lisant, certaines qui sont concernées, pourraient penser « mouais mais bon, pour l’instant, l’essentiel, c’est d’y survivre, les soins c’est dérisoire et secondaire bof… » et pourtant, ne pas oublier qu’on est une femme avant d’être malade, fait du bien et fait partie du traitement pendant et de la reconstruction après. On pourrait aussi dire, comme je l’ai dit moi-même à mon niveau, sur ma vidéo « mouais, mais je n’ai pas toujours le courage de prendre soin de moi, de me maquiller, parce que je suis nauséeuse, épuisée, douloureuse, du coup, tout est compliqué à faire comme mouvements et j’ai pas envie » Mais il suffit de peu pour s’apporter un peu de mieux-être et provoquer l’envie de le faire. Cà demande de l’énergie, mais au final, on se rend compte qu’on a bien fait. J’en parlerai en décrivant ma participation, puisque je n’ai pas pu réaliser quelque chose de fou, mais parlerai de ce que je fais moi-même et qui peut s’appliquer aux patientes des services d’oncologie. Prendre soin de soi ne veut pas forcément dire rester 2h dans la salle de bain ou avec des pinceaux entre les doigts. Un 1/4 d’h peut suffire à se rendre une meilleure image de soi et à se dire « ah je me sens un peu mieux comme çà ». Un peu… mais c’est déjà tant, quand on est entre les griffes de cette saloperie.

Quel est le but de mon projet…

Créer une sorte de chaîne de solidarité, en parlant onco-esthétique sur les blogs, sur les chaînes Youtube. Montrer qu’on peut être belle malgré la maladie avec des moyens accessibles, les mois épuisants possibles si les patientes doivent les faire elles-mêmes et montrer que derrière toute femme, malade ou pas, se cache la beauté, même quand on la voit s’estomper parfois au fil du temps et des traitements. Mais elle est toujours en nous, comme dit, en réalisant de simples soins. Pour réaliser ce projet, on peut parler peau, ongles, maquillage, trouver des astuces pour qu’un foulard devienne un accessoire qui ne représente plus un ennemi, signe de la maladie, utiliser des bijoux. Plus on en parlera, chacune à notre façon que ce soit par écrit, en vidéo, en photo ou en mots, j’aimerais qu’on prenne le temps de donner quelques conseils simples pour celles qui en souffrent et montrer que les chaînes beauté ne sont pas juste faites pour les personnes qui une superbe chevelure et une bonne mine. Si on tape « onco-esthétique » sur Google, ce serait bien qu’on voit qu’on en parle. Qu’avec cheveux, ou sans cheveux, pâles comme un linge ou bonne mine, on est toutes pareilles. Pas de différences, on n’est toutes des femmes.

Ma propre petite participation

De mon côté, j’ai mis l’accent sur ce que j’aime moi-même. Lait corporel et crème pour le visage. Hydrater sa peau est essentiel, parce qu’elle se déssèche rapidement avec les traitements quelqu’ils soient. J’utilise des laits corporels parfumés d’une odeur (je conseille de choisir une odeur assez discrète par contre…) qui me donne l’impression d’être dans un cocon. Avoir la sensation de conserver une enveloppe corporelle minimale. Un peu de parfum (doux et pas entêtant si possible et très peu, pour ne pas accentuer les nausées, parce qu’on est vite écoeurées par toutes les odeurs dans ces cas là et les maux de tête sont assez présents sans en rajouter parce qu’on respire des produits trop forts). J’ai eu un traitement l’an dernier, dont la molécule était un produit chimio, à une dose très faible, mais j’avais les mêmes symptômes finalement, à plus petite échelle. Vomissements, épuisement, vertiges, plus d’appétit et surtout un odorat qui semblait plus développé. J’en étais arrivée à mettre justement mon parfum avec le doigt pour ne pas « pshiter » trop fort parce que je savais que çà me collerait la nausée. Et côté maquillage, j’ai mis de la couleur, mais sans passer par 36 étapes. Pas de fond de teint, parce que quand on passe son temps à être malade, ce n’est pas forcément confortable, pareil pour la poudre, parce qu’on a envie et besoin de se rafraîchir, donc juste de l’anticernes. Une teinte mauve sur toute la paupière mobile, un violet plus foncé pour le coin externe en l’estompant pour donner de la couleur parce que c’est aussi bon pour le moral :-), mascara. C’était mon minimum. Et sur les lèvres, juste du baume à lèvres parce que pareil, elles se déssèchent vite. Après, une fois qu’on se sent mieux, on adapte ce qu’on se sent de faire.

Voilà le résultat en photos. J’essaierai d’en faire une vidéo, comme çà il en restera une trace sur Youtube aussi. Le maximum d’idées, de conseils, seront les bienvenus. 

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J’espère que vous rejoindrez cette chaîne de solidarité pour que les choses avancent et bougent, pour améliorer les conditions de vie de ces petites nanas, jeunes ou moins jeunes, qui se battent contre cette maladie que j’aimerais bien voir un jour disparaître…. mais en attendant, on fait avec nos petits moyens et on montre qu’on est présentes à notre façon. Vous êtes partantes ? Toutes les semaines, le lundi, s’il y a eu des participations dans le courant de la semaine, je ferai le récapitulatif des personnes qui ont participé et je mettrai le lien de vos blogs ou/et chaînes Youtube. Pour l’instant, 3 personnes ayant le coeur sur la main ou ayant un proche malade malheureusement, ont fait de magnifiques articles et vidéos en y mettant tout leur coeur. Vous pouvez trouver leurs participations en cliquant sur les liens qui vous conduiront vers elles 🙂 Merci les filles, j’ai été touchée par votre présence et ce que vous avez réalisé est magnifique ❤

*  Lorylyn79 : 

http://www.lorylynmakeup.com/2013/04/feminite-et-maladie-projet-onco.html

* Pmabelle :

http://nailfrompmabelle.over-blog.com/article-feminite-et-maladie-onco-esthetique-117057532.html

* Allysbeauty :

http://all-is-beauty.blogspot.com/2013/04/oui-la-feminite-pour-toutes-non-la.html

Vous avez le droit de partager, d’en parler juste sur HC si vous, vous n’avez pas envie de le faire, peut-être que certaines de vos abonnées auront envie, elles, de participer ? 😉 Merci d’avance de faire suivre tout cela que ce soit par ici ou sur Youtube pour qu’un maximum de personnes se mobilisent. Apprendre à concilier maladie et féminité, parce qu’on peut être toutes concernées un jour ou l’autre et comment on aimerait être traitées… qu’est ce qu’on ferait pour continuer à conserver notre image de femme… qu’est ce qu’on ferait pour les personnes qu’on aime et qui sont dévorés par tout çà, pour qu’ils aient un minimum de bien-être… Un moyen de dire au crabe « tu me bouffes de l’intérieur, mais l’extérieur, je ferai tout ce que je peux pour le conserver durant mon parcours, que la maladie me conduise vers la rémission (ce que j’aimerais pour tout le monde… un jour, j’espère…) ou un ailleurs »

Je souhaite plein de courage à toutes celles et tous ceux qui se battent contre un cancer et suis de tout coeur, à ma façon, avec vous.

En mémoire de mon amie Christiane, décédée d’un cancer de l’utérus, qui a lutté longtemps contre. Et qui est à l’origine de ce projet, parce que c’est en pensant beaucoup à elle que l’idée m’est venue. Repose en paix <3…